Retrait des troupes Américaines en Syrie, quel bilan géopolitique ?

Retrait des troupes Américaines en Syrie, quel bilan géopolitique ?

Le président des États-Unis Donald Trump a annoncé hier le départ “le plus tôt possible” des troupes américaines stationnées principalement au Nord-Est de la Syrie.

C’était l’une de ses promesses de campagne de ne plus s’engager / se retirer des conflits loin des frontières de l’Amérique. Il avait plusieurs fois annoncé le départ des troupes américaines présentes en Syrie, sans que cela ne se traduise par des actes concrets, mais ce coup ci semble le bon à en juger par son dernier tweet “Nous avons vaincu le groupe l’État islamique en Syrie, la seule raison pour moi pour laquelle nous étions présents pendant la présidence Trump“.

Rappelons que le déploiement des forces américaines et occidentales en Syrie s’est opéré en violation du droit international puisque ces troupes s’y sont installées ni sur demande de l’État Syrien, ni au travers d’un mandat délivré par le conseil de sécurité de l’ONU.

Le bilan d’une guerre ne peut pas être positif, surtout sur le plan humain mais ce conflit a rebattu les cartes des différentes forces en présence au Moyen-Orient :

La Russie est entré militairement dans le conflit sur demande de l’État syrien en septembre 2015, elle a mobilisé des forces terrestres mais surtout aériennes et maritimes, en lançant une campagne intensive de bombardements chirurgicaux sur les différents nids terroristes, la grande majorité de ces frappes ont été filmées depuis les satellites russes et diffusées sur le site du Ministère des Affaires Étrangères. En quelques mois d’intervention, les pertes humaines et logistiques se comptent en milliers côté terroristes, la progression de l’État Islamique s’arrête nette et l’étendu de son contrôle commence à décroitre.
Cette démonstration de force de la part des Russes en impressionne plus d’un, à commencer par François Hollande – encore en poste à la présidence de la République Française à cette époque – qui pariait sur un enlisement des Russes comme en Afghanistan dans les années 80.
Cette intervention militaire a permis à la Russie de tester en grandeur nature de nouveaux missiles et équipements ainsi que de nouvelles stratégies militaires.
Cette intervention lui a aussi permis de renforcer ses exportations militaires, le système phare de défense sol-air S-400 en est un très bon exemple puisqu’il attise les convoitises dans le monde entier comme en Chine, en Inde et même dans des pays équipés militairement par les Américains comme la Turquie et l’Arabie Saoudite.
Le 15 mars 2016, la majorité des troupes Russes se retirent de Syrie sur demande de Vladimir Poutine “La tâche qui avait été demandée à notre ministère de la Défense et aux forces armées a été globalement accomplie et j’ordonne donc au ministère de la Défense d’entamer le retrait de la majeure partie de nos contingents“.
Depuis janvier 2017, la Russie dispose de deux bases militaires permanentes en Syrie après un accord conclu avec Damas, la première se trouve à Hmeimim et la seconde à Tartous (transformation de l’installation portuaire destinée à la marine russe en une base navale permanente) octroyant ainsi à la Russie un accès à la mer méditerranée.

La Russie est certainement la plus grande gagnante dans ce conflit, elle a réussi à inverser la tendance en moins de 6 mois en s’imposant comme l’allié indispensable contre le terrorisme et en devenant la nouvelle maîtresse du jeu au Moyen-Orient, “détrônant” ainsi les États-Unis.

L’Iran apporte un soutien militaire au régime Syrien depuis le début du conflit, principalement au travers de l’organisation du Hezbollah qu’elle finance à coup de dizaines de milliards.
L’Iran dispose de grandes tentacules au Moyen Orient qui s’étendent en Irak, en Syrie, en Palestine, au Liban et au Yémen. N’opérant jamais en direct, l’Iran finance différents groupes armés comme le Hezbollah, le Hamas ou les Houthis afin de défendre ses intérêts dans les pays voisins.
Ce soutien accru à l’armée régulière syrienne lui a permis de stabiliser la région et d’y conserver son influence ainsi que ses canaux terrestres très important avec le Liban.

La Turquie, contrairement à la Russie ou l’Iran, a souvent joué un double jeu dans ce conflit. Officiellement membre de la coalition contre l’organisation État islamique, elle est pourtant prise en flagrant délit de livraison d’armes aux djihadistes près de la frontière syrienne en janvier 2014, les camions transportant des obus de mortier, des munitions pour des armes de petit et gros calibre ainsi que des lance-grenades appartenaient aux services de renseignements turcs. La Turquie était favorable à un renversement de Bachar Al-Assad mais ne voulait pas en contrepartie d’un partitionnement du Nord de la Syrie qui aurait amené la création d’un État autonome Kurde – ennemi juré du président turc Erdogan – à la frontière Sud. Cette possibilité l’a obligé à intervenir militairement au Nord de la Syrie afin de défendre sa frontière et mater toute velléité Kurde d’y instaurer un État indépendant, ces mêmes Kurdes regroupés sous différentes appellations sont soutenus militairement par les Américains, eux-mêmes alliés des Turcs dans la coalition internationale contre l’EI (qui à dit que la géopolitique n’était pas un jeu d’équilibriste ?).
Le retrait des troupes Américaines donne carte blanche à Erdogan pour évincer toute présence Kurde au Nord de la Syrie.

Ce trio décide maintenant de l’avenir de la Syrie au travers des différents sommets tripartites se tenant à Astana et Genève.

Les États-Unis sont donc les grands perdants de ce conflit. Deux évènements sont venus appuyer cette défaite :
– Le blocage par Barack Obama de la grande intervention militaire en Syrie en août 2013, craignant (officiellement) de ne pas obtenir le feu vert du Congrès. Cette reculade a été décisive pour la suite du conflit, laissant le champ libre à la Russie et bloquant toute intervention Française et Britannique, ces derniers ne pouvant intervenir seul.
– L’arrivée de Donald Trump à la tête des États-Unis en novembre 2016, sonnant la fin imminente de la politique interventionniste du pays disposant du budget militaire le plus important au monde.

Pour conlure, citons le dernier tweet en date de Donald Trump, actant définitivement ce changement majeure dans la politique interventionniste des États-Unis depuis plusieurs décennies :
Les États-Unis veulent-ils être le gendarme du Moyen-Orient, n’obtenant RIEN d’autre que la perte de vies précieuses et de milliers de milliards de dollars à protéger des gens qui, dans presque tous les cas, n’apprécient pas ce que nous faisons? Voulons-nous être là-bas pour toujours?”