80 km/h: Opération sauvetage du soldat Philippe

80 km/h: Opération sauvetage du soldat Philippe

Ce matin vers 9 heures, l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (ONISR) a publié tardivement les chiffres de l’accidentalité du mois de février 2019. Le moins que l’on puisse dire, c’est que les chiffres sont mauvais, tant au niveau des morts que des blessés.
Il a été dénombré une augmentation de 17,1 % du nombre de tués sur les routes par rapport à février 2018 et une hausse de 22,3% des accidents corporels. De plus, l’ONISR précise que la mortalité routière augmente particulièrement sur le réseau hors agglomérations hors autoroutes, c’est à dire sur le réseau secondaire limité à 80 km/h.
Heureusement, la justification est toute trouvée: « Après la hausse de la mortalité routière constatée en janvier 2019 (+ 3,9%), l’effet de la forte dégradation des radars fixes s’amplifie et se traduit par un relâchement des comportements sur l’ensemble des réseaux. »

Cette justification a été moultes et moultes fois répétée pour commenter chaque hausse du nombre de tués sur les routes, dans la réalité,
lorsqu’un radar est tagué ou bâché d’un film opaque (97% des cas de dégradations de radars fixes), l’automobiliste ne s’amuse pas à accélérer devant ce radar sous prétexte qu’il semble hors service! La carcasse métallique du radar peut très bien être tagué mais le vitrage permettant la prise de vitesse et photo peut lui être fonctionnel suite à l’intervention des agents de services, de même qu’un radar entouré de film noir peut être dégagé au niveau des vitrages. De plus, s’il s’agit d’un radar avec prise de vitesse par l’arrière, il est impossible de connaître son bon fonctionnement avant d’être passé devant celui-ci.
Les radars fixes ou mobiles embarqués dans des véhicules ainsi que les contrôles aux « jumelles » sont quant à eux pleinement opérationnels
Il est donc totalement farfelus d’affirmer que les automobilistes roulent plus vite et jouent à la roulette russe avec leur permis de conduire et leur portefeuille suite aux dégradations des radars.

Une demi-heure avant la publication de ces chiffres, Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 Millions d’automobilistes, soulignait en direct sur BFM TV son étonnement quant à la non publication des chiffres de février 2019. Il justifiait ce retard – à juste titre – par le fait que les chiffres allaient être très mauvais et mettre en difficulté le premier ministre sur ce sujet, lui qui se glorifiait deux mois plus tôt du nombre (en trompe l’œil, nous y reviendrons) historiquement bas du nombre de tués sur les routes en 2018.

Ces chiffres du mois de février ont donc été publiés plus tardivement qu’à l’accoutumée (quasiment un mois après le mois échu), pourtant l’année dernière, ces chiffres étaient constamment publiés aux alentours du 15 du mois suivant.

Ce timing laisse songeur puisque le Sénat a validé la veille un amendement de la loi Mobilités permettant aux représentants locaux de fixer la vitesse maximale sur les routes secondaires, laissant ainsi la possibilité aux présidents de département de revenir à l’ancien système des 90 km/h. Cet amendement doit ensuite passer par l’Assemblée Nationale où ses chances d’être validé sont réelles tant cette mesure du 80 km/h est loin de faire l’unanimité dans la majorité LREM, surtout auprès des députés « ruraux ».
L’adoption de cet amendement sonnerait comme un désaveu d’une partie des députés LREM envers le premier ministre et fragiliserait un peu plus sa place en ces temps actuels.

Cette publication de mauvais chiffres « justifiés » arrive-t-elle à point nommé en vue de mettre la pression sur les députés LREM et les dissuader de voter l’amendement du Sénat ?

Le 80 km/h sur le réseau secondaire est un totem que le premier ministre souhaite exhiber comme la mesure phare de son mandat qui « sauvera » des vies. Il a tellement vanté cette mesure qu’il ne peut plus faire marche arrière et cherche par tous les moyens à manipuler la lecture des chiffres de l’accidentalité sur les routes.

Pour rappel, l’année 2018 a été la moins meurtrière de l’histoire de la Sécurité routière avec l’instauration du 80 km/h le 1er juillet 2018, pourtant la baisse de mortalité sur les routes ne peut pas être imputée à la diminution de la vitesse réglementaire à 80 km/h sur le réseau secondaire, puisque cette baisse est surtout marquée au 1er semestre 2018 (période avec limitation à 90 km/h) avec -6,2% de tués par rapport au 1er semestre 2017 contre -4,8% au 2e semestre 2018 (période avec limitation à 80 km/h).
Depuis le passage au 80 km/h, la diminution du nombre de morts sur les routes Françaises a donc ralenti.